ROBERT PLANT and STRANGE SENSATION - France Inter 2005

ROBERT PLANT and STRANGE SENSATION - 2005

9 juin, Studio 104, France Inter, Paris, France

Robert Plant on tour : 200020012002200320052006200720082010

Studio 104, France Inter Studio 104, France Inter

Agréablement surpris

Les journées s'enchaînent, variées, chargées... se greffe entre elles le retour d'une vibration Zeppelin, celle des cordes vocales de Robert Plant. Ce 9 juin donc, premier vrai concert hexagonal depuis les festoches du sud-est en 2003, gadgets promotionnels mis à part. Seulement exam de neuropsy jusqu'en milieu d'aprem, et ce, à 600 bornes des studios de RadioFrance... bref tendu pour voir le Grand Blond au 104 ! Avec comme seule préparation d'avoir perdu deux années de capillarité afin d'éviter de douteuses comparaisons. C'était sans compter sur la ponctualité des SNCF/RATP -ça nous arrache moins la gueule de l'avouer qu'en période critique- et la gentillesse de l'offreur de carton.

Sous l'ombre du Trocadéro, la file des invités se dessine. Plus nombreux que les personnes ayant fièrement attendus, parfois assez longtemps, devant cette même enceinte une semaine auparavant afin d'obtenir gratuitement de précieux sésames. Pour foutre un peu les boules aux malheureux (im)patients, on peut déplorer l'attitude de certains -respirant la superficialité- qui rentraient seuls avec une invitation pour deux alors que les fans couraient après les billets. Sinon on trouve du beau monde, le gratin parisien plus ou moins chiant, les fans perfusés à vie à l'hélium du Zeppelin, les groupies, les babs, l'amateur mélomane habitué, les cons comme moi... et bien sûr monsieur tout le monde, tout âge confondu, qui se pose des questions sur ce que peut offrir le chanteur de Led Zeppelin, maintenant.

Et je pense qu'ils ne furent déçus. Ce fut pour moi le meilleur concert de Plant que j'ai pu voir. Oubliant même de sortir le numérique. Une condition nécessaire cependant, abandonner Led Zeppelin, forger ses oreilles à recevoir une nouvelle alchimie entre différents musiciens qui prennent ampleur et confiance avec le temps. Oublier quelques temps la puissance technique de Jimmy Page, la lourde rythmique des compères John Paul Jones et John Bonham et se prendre au jeu des bendirs mêlés aux claviers electros, des guitares touaregs sous des senteurs indiennes. A Nandrin, il y a 4 ans, c'était loin d'être gagné, le résultat était déjà bien plus florissant dernièrement au Royal Albert Hall surtout pendant les parties acoustiques et l'enchaînement That's The Way / All The Kings Horses, et ce malgré un Robert Plant semblant mal à l'aise. Au 104, studio théatral sur deux étages où l'on ne regrette que la rareté des concerts de ce style qui usent d'avantage les vieux hangars des grandes villes, ça va être difficile de faire mieux.

C'est Justin Adams, bercé aux rythmes du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest, qui je pense en est le principal investigateur. Ce blues nomade représentés par les Boubakar Traoré, Afel Bocoum ou Farka Touré ressort tout au long du concert, remplaçant souvent les classiques soli de guitare de toute manière inégalables. Ce n'est pas un hasard si le dernier opus de Tinawiren, la légende contemporaine touareg est produit par ce même Justin. Une musique qui a trouvé son énergie derrière les nombreuses situations d'exil, d'errance ou de résistance de cette diaspora africaine, et j'espère un peu moins de l'industrie vénale dévorante qui formate du pseudo-artiste tant qu'elle peut. De l'autre côté, Skin Tyson, reste plus fidèle aux partitions zeppeliniennes et par ainsi équilibre le melting-pot. S'y fond également les touches hypnotiques de John Baggott qui a déjà pu faire ses marques au sein de ce qui se fait de mieux en matière de trip-hop ; accompagnées en cela d'une batterie lancinante exercée aux mêmes influences (ou plus récemment chez Saez, dans le studio également ce soir). On pourrait croire que ce courant venu de Bristol se trouve à mille lieux des darboukas en peau de chèvre, mais c'est bien lui qui catalyse, avec ce vieux blues africain, ce que sont -ou deviennent- les Strange Sensations.

Le décor est fixé autour d'un homme, légende seventies parmi d'autres, barbe de chevalier et plus que décontracté. Son passage radio n'entrave le visuel et nous pouvons encore compter sur Robert Plant pour embaumer le public de sa "présence". Les morceaux s'enchaînent parfaitement, mélangeant les styles, les cultures... Pendant que Shine It All Around parcourt les ruelles de Bombay, le "chien noir" aboie à Trench Town... Entre ces différents voyages, le commentateur énerve les bootleggers alors que Robert blague dans notre langue... annonce à "ses potes" une chanson du dernier siècle, plus vieille que Led Zeppelin, Johnny ou Sacha Distel ;) et qui, pour ma part, se révèle être la plus belle réussite de la soirée: When The Levee Breaks, qui sent fort le coton et que mon imagination entend comme un hommage au peuple noir du Sud Delta, migrant lui aussi. Magnifique. Par des blancs. Le travail du "puissant réarrangeur" porte ses fruits, et on se surprend à entonner les nouveaux refrains de ces morceaux d'anthologie... Les langues déliées présageaient également quelques surprises, Rachid Taha en premier lieu, mais ses couplets arabiques pendant Freedom Fries sont finalement restés gravés sur le plateau de Trafic... Et c'est peut-être l'originalité de la set-list qui fut la plus sympa. Les points rouges de l'horloge radio s'allument depuis bientôt une heure et le fait d'entendre les accords bluesy précédents les paroles et le riff accrocheur de Whole Lotta Love pouvait nous faire croire que le spectacle -même bon- s'arrêterait là. Mais ce ne fut sans compter 4 rappels, soit une demi-heure de musique supplémentaire, assez déconcertants. Dépoussiérant même l'harmonica.

Je crois que Monsieur Plant a eu raison de prendre des risques, de ne pas rester sur ses acquis, de poursuivre ses aventures musicales comme il les ressent... car après une décennie de belles daubes, ses nouvelles aspirations sont de plus en plus recevables et de bonne augure pour la suite. La presse en juge, lui rendant une certaine liberté. Et même si Monsieur Page vient de nous sortir un sympathique Graal en DVD, il semble se reposer sur ses œuvres, ses royalties, et surtout ses paradoxes : honoré par la reine (sic') et fait Officier de l'Ordre de l'Empire lors de l'anniversaire de sa majestée pour son action 'humanitaire' envers les enfants défavorisés du Brésil ; dans le même temps il fait le guignol en ouvrant la Bourse de New York d'un riff de Les Paul en faveur de la 'pauvre' Warner...

Sur ce... les humeurs du moments en vrac... / allez voir les poupées russes, lisez les chroniques de Dylan / je comprend enfin pourquoi on appelle Springsteen le Boss, quand le mec tient Bercy dans un silence complet avec une guitare sèche et un harmonica, s'époumonant sur des Long Time Comin' d'une beauté tellement franche / Billy Corgan a enfin compris qu'il devait récupérer les cendres des Smashing Pumpkins vu l'ennui qu'il procure en solo [au passage je voulais saluer le QI d'huître de certains roadies de la Cigale, voilà c'est fait] / sympa d'entendre Dr John gratos devant la Défense / de savoir que Pink Floyd se reforme avec Roger Waters ce soir à Hyde Park, 25 ans après The Wall et pratiquement sans prodrome.

AMiCaLeMeNT RoCK, le 2 juillet 2005, en repos au Montreux Jazz Festival, battez-vous pour vos idées, restez motivés et vous-mêmes

Thomas Vindrier mail

Ps : en restant sur les influences orientales de Robert Plant, et revenant à peine des accords du maître sitariste Ravi Shankar à Fourvière... je me permets de faire un peu de 'pub' sur le site de Pat à propos de ce merveilleux pays qui reste l'Inde par l'intermédiaire de l'asso dont je m'occupe en France et qui s'oriente sur différentes actions dont un projet mené depuis plusieurs années dans une zone rurale proche de Calcutta. Ce dernier se base sur une coopération entre la Fédération Internationale des Associations d'Etudiants en Médecine ou IFMSA (organisation indépendante, apolitique et aconfessionnelle, fondée en 1951 et reconnue par l'ONU ou l'OMS comme organisation non gouvernementale) et une ONG indienne nommée "Institute for Indian Mother and Child", fondée et dirigée par le Dr Sujit Mandal. Le projet sur repose sur : -un programme médical : En Inde, les soins médicaux ne sont pas pris en charge (sauf urgences graves), ce projet met donc à la disposition des malades indiens cliniques et dispensaires autour de 4 médecins (généralistes, pédiatre et anatomo-pathologiste), 4 à 6 infirmières et donc de nous autres, étudiants en médecine du monde entier. Un hôpital mobile existe également et ceci regroupe environ 35000 visites par an ! -un programme e microcrédits : par la mise en place de prêts à de très faibles taux d'intérêt permettant par exemple aux femmes d'obtenir plus d'indépendance... -un programme d'éducation : par la construction d'écoles et grâce aux parrainages d'enfants. Pour l'instant 5500 enfants sont scolarisés et 1600 sont parrainés. Mais aussi la préparation de "Nutritional Diet", poudre faite à partir de produits locaux, vendue aux familles les plus riches et offertes aux plus pauvres... la construction de logements pour sans abris, ou de pompes à eau... Depuis le 26 décembre 2004, l'ONG est en mission sur les îles indiennes d'Andaman et Nicobar dévastées à la suite du tsunami en Asie du sud, afin d'apporter une aide médicale et de reconstruction. Pour que nous puissions exercer nos actions en Inde, en permanence et sans attendre le contrôle de la télé poubelle, des fonds sont bien évidemment nécessaires. En dehors de l'organisation d'événements comme des concerts etc. où vous pouvez participer, vous pouvez également nous aider en parrainant un enfant pour 20 euros par mois (pendant au moins deux ans) afin de lui offrir une prise en charge médicale gratuite, des repas et une scolarité. Travaillant bientôt cet été dans les hôpitaux d'Europe de l'Est, je reste tout de même à votre entière disposition par mails si vous désirez de plus amples détails concernant ce " Village Concept Project " au cœur de la Cité de la Joie.


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