Led Zeppelin aux U.S.A. 1977

Led Zeppelin aux U.S.A.

26-28 mai 1977 au Capital Center de Washington

Robert Plant 1977

Pour cette année 1977 la «présence» du dirigeable anglais dût être retardée d'un mois. Les dernières heures de répétition sur le vieux continent furent paraît-il miraculeuses alors que quelques jours après, la sono et les instruments du groupe partaient vers les U.S.A. Malheureusement Robert tomba malade (amygdalite) et on dut donc retarder le signal du départ. Jimmy, privé de guitares, ne toucha pas un instrument pendant un mois car il venait en plus de vendre ses vieilles grattes. Tournant en cage comme un lion enragé Page attendit le rétablissement de Robert tout en grimpant aux murs et en pensant aux bagarres devant les guichets.

En effet aux States ça faisait mal. A Tampa en Floride et à Pontiac dans le Michigan à côté de Detroit) les choses prirent une sale tournure et la vente des billets s'avoua presque meurtrière. A Washington et Los Angeles où Zeppelin décida de donner plus de cinq concerts, les places disponibles s'envolèrent en moins de vingt-quatre heures. Quant à New York pour les six concerts prévus au Madison Square garden on dut distribuer les billets par la poste et donc récompenser les plus rapides et les plus chanceux.

L'hystérie déclenchée par Zep avait été préparée minutieusement, et dans un bureau luxueux ou à Londres ou à New York un homme s'affairait à préparer les tout derniers détails : Peter Grant, l'homme de Swan Song, «le cinquième Zeppelin» ; Pour ceux qui ne voient pas très bien de qui il s'agit, Peter Grant est celui qui dans leur film «The Song Remains The Same» apparaît pendant cette fameuse conférence de presse au sujet du vol de 203000 dollars en liquide dans une des chambres de leur hôtel New-Yorkais. Le plus grand vol en liquide de l'histoire. Bref, Grant a établi des relations stables entre lui-même et les quatre musiciens de Led Zeppelin.

Page le connaît bien depuis ses années de galère et lui fait entière confiance. C'est donc Grant qui s'occupe des impôts du groupe, qui a engagé toute l'équipe de roadies et c'est encore lui qui est obligé de changer les dateboots de la tournée.

Au lieu de débuter le 27 février à Fort Worth et de s'achever le 14 mars à Los Angeles, on bouscule la seconde partie et reporte les concerts canadiens au mois d'août. Le coup d'envoi est enfin donné, le dirigeable britannique s'envole vers la gloire... Minneapolis, Saint Paul, Saint Louis, Louisville, Cleveland, Cincinnati, Pontiac...

A Cincinnati, lors du concert en plein air, un spectateur est tué lorsque la foule en furie le fait basculer du troisième plancher du stade. A Chicago, Page et Plant vont traîner dans les bons clubs de Blues du Southside en compagnie des enfants de Willie Dixon. Un Willie Dixon qui de nos jours vit des droits d'auteur de deux de ses morceaux repris par Zeppelin sur leur premier album. Toujours à Chicago James Patrick Page dut curieusement s'asseoir en plein milieu de l'interprétation de «Ten Years Gone». Or juste après ce morceau Zep quitte définitivement la scène. Seulement une heure de spectacle? Non. Page est malade à crever et rentre à l'hôtel en ambulance, soi-disant empoisonné par les côtes de boeuf du Southside. L'incident chicagoan est vite oublié et on descend vers le sud. Houston, Temple, Baton Rouge, et notre dirigeable met le cap au nord où avant New York il atterrit à Washington...

The song remains the same

Jimmy Page 1977 Jimmy Page 1977 Jimmy Page 1977 Robert Plant 1977

Quatre concerts au Capital Center dans le Maryland, la banlieue de Washington. Mon séjour au Sheraton me permet de reconnaître l'incroyable organisation de cette tournée. Contrairement aux rumeurs Zeppelin ne reste pas à l'hôtel et rentre à New York après chaque concert avec son jet privé. Page, Plant, Bonzo et Jones s'emmerdent dans les banlieues et préfèrent aller faire du shopping dans la grosse pomme. Inutile de vous dire que leur emploi du temps est plutôt rempli et que Peter Grant ne leur fait pas perdre une minute entre toutes ces allées et venues radios, TV et d'autres. Pas de place pour une interview...

A l'hôtel, les groupies en sont au point où il ne reste plus qu'à attaquer les roadies et c'est chose faite. J'ignore le nombre de personnes qui suivent cette tournée mais j'en ai rencontré sept qui s'occupent uniquement de la vente des T-Shirts et j'ai fait la connaissance d'un brave Anglais dont le seul boulot est de vérifier si le fil du micro de Robert Plant ne s'emmêle pas. A se demander si ces gentils messieurs de Zeppelin peuvent se laver les dents tout seuls.

Washington est une ville à 90% noire. Or les concerts de Rock généralement n'attirent que les blancs, car les noirs préfèrent la soul. II y a néanmoins des exceptions et des incidents racistes comme celui-ci vous dégoûtent: dans la queue qui nous mène à l'intérieur du Capital Center un couple de noirs absolument inoffensif s'apprête à rentrer alors que le type derrière eux jette méchamment et évidemment volontairement sa cigarette non éteinte dans leur dos. Personne ne bronche. A New York cela aurait déclenché une belle bagarre... Bref, les flics à cheval s'en veulent de nous impressionner.

Un haut-parleur retransmet des instructions : on nous recommande de ne pas rentrer dans la salle en possession de stupéfiants et de ne pas vendre de billets au marché noir. «La direction se réserve le droit de refuser l'entrée à quiconque et remboursera le prix du billet au cas où cela arrive.» Nous sommes en effet entièrement fouillés avant d'entrer. L'odeur flottante de la marijuana nous envahit en pointant notre nez dans la salle tandis que dehors les billets se vendent à trente dollars.

Tout ce cirque se déroule dans le calme le plus total alors que dans les «pipi-rooms». gigantesques les freaks y vont joyeusement en se soulageant dans les lavabos, poubelles et tout ce qui leur tombe sous la main afin d'éviter la queue.

A l'intérieur la sécurité est particulièrement stricte. Pas question de traînasser dans les allées, de se promener backstage où d'ailleurs il ne se passe rien. J'ai assisté à deux concerts. Deux concerts différents car Zeppelin malgré le nombre d'années sur la route et la routine tuante de cette tournée sait toujours s'adapter à son public et cela selon les circonstances. Du point de vue musical et à quelques détails prêts l'exécution et l'ordre des morceaux furent pratiquement identiques les deux soirs.

C'est avec plus d'une heure de retard qu'ils se présentent sur scène aux deux concerts. Cela nous permet de constater que Zeppelin se passe de première partie tout comme pour la tournée 1973. L'ovation qui les accompagne laisse présager une chaude soirée. Les allumettes s'enflamment déjà alors que notre géant s'accorde dans la pénombre. Puis, d'un coup, les spots inondent la très haute scène et on reconnaît les premières notes de «The Song Remains The Same».

Assez curieusement le public s'est rassis et passe au stade de l'écoute attentive. A ma droite Robert Plant portant une paire de jeans serrés (surtout au-dessous de la ceinture) nous laisse admirer son corps musclé. Son gilet noir ouvert met en relief son torse constamment bombé. II n'a pas vieilli pour un sou et sa magnifique crinière blonde vole dans tous les sens. Au milieu et constamment en action Jimmy Page qui pour l'occasion a sorti son costume d'argent à fleurs avec ce dessin du monstre du Loch Ness d'un mauvais goût évident. Lui aussi est torse nu et porte une paire de lunettes de soleil qu'il balancera au second morceau. La cigarette aux lèvres, les cheveux bouclés en pleine figure, plié, sa double neck sur le genou il rappelle la position favorite de Keith Richard. Quant à John «Bonzo» Bonham il a sorti son jean et un maillot de corps jaunâtre alors que John Paul Jones à gauche est tout de blanc vêtu. La version exécutée est identique à celle du film.

La sono qui fait des siennes laisse encore à désirer. Cela n'empêche que sur scène on s'affaire et on enchaîne directement sur «Trampled Under Foot» qui reçoit ici un traitement de choc. La version fournie est bien meilleure que sur «Physical Graffiti» et cette fois les problèmes de son sont bel et bien réglés. Page et Plant nous gratifient d'un premier dialogue foudroyant alors que Jones trace son chemin vaillamment en martelant sa basse sur ce rythme syncopé. A la fin du morceau Robert s'empare du micro et c'est au tour du public de se manifester. «Good evening GOOOOOD EEEEVENING !!! Nous sommes désolés du retard mais le trafic à New York est impossible. Nous nous sommes bien amusés hier mais ce soir nous allons essayer de faire mieux». Dans la salle on excuse, on salue et on acclame. Pendant ce temps-là, Page a changé de guitare pour une Les Paul et attaque déjà «Nobody's fault but mine».

Led Zeppelin c'est avant tout Page et Page c'est avant tout les riffs. Vieille recette pas si évidente que cela. Ce morceau dont on connaissait la version sur «Presence» est encore une fois beaucoup plus convaincant sur scène. Plant rassurez-vous, se tient sur ses deux jambes. Son accident de voiture c'est du passé et il faut le voir galoper sur scène comme une chatte en chaleur. Son passage à l'harmonica est particulièrement soigné. «Le morceau qui suit est inspiré du sud des Etats-Unis et dateboot de vos arrière-grands-parents.» Jimmy se déchaîne sur une slide qui vous déchire machinalement les entrailles. On reconnaît «In My Time Of Dying» La partie de bottleneck cette fois tranche l'estomac. Jimmy y crée des ulcères. Le métal hurlant coule incontrôlable. Derrière, Bonham fait tout ce qu'il peut pour cogner comme un dingue et on atteint le «climat» à une vitesse croisière. Quatre morceaux et toujours pas le temps de respirer. Contrairement aux concerts des Stones ou de Peter Frampton admirés récemment, le public ne démontre pas autant d'hystérie. C'est un public qui bouge, certes, mais dont l'attitude envers la musique est plus réservée. D'autant plus que les titres joués ne sont pas des Hits et que beaucoup se demandent où sont passés «Whole Lotta Love», «Black Dog», «Celebration Day» etc...

Pour le second concert auquel j'assiste, l'atmosphère est nettement plus congelée et Plant qui le sent parfaitement s'avère très chaud envers le public. Et puisque nous sommes en train de parler de Plant, disons-le tout de suite: ce type est un héros. De nos jours afin de réussir presque dix ans dans le Rock il ne suffit pas de posséder une voix exceptionnellement sensuelle et de se contenter d'être entouré des meilleurs musiciens. Plant est une idole adulée car il sait réellement communiquer avec les jeunes. Cette assurance, cette certitude en sont les atouts majeurs. Pas un faux pas, pas une erreur, Plant a su orienter le dirigeable vers une culture bien définie. Sa vie privée, ses rencontres avec la presse, ses textes, équilibrent sa carrière et Zeppelin fonce vers un futur optimiste alors qu'au même moment toute une génération à bout de souffle se retrouve sans idées.

Prenez-moi ce cinquième titre, «Since l've Been Loving You». Voilà ce que je considère LE Blues de Led Zeppelin. Un régal. J'ai regretté par la suite l'absence de «Tea For One», l'autre grand Blues du groupe : C'est vraiment sur scène qu'on se rend compte comment Plant «convertit» le Blues. La liaison guitare-vocaux à un tel niveau c'est quelque chose sur quoi beaucoup peuvent travailler en vain. A ce sujet Robert déclare «avoir découvert cette liaison avec Robert Johnson. Sa guitare était sa corde vocale. Le niveau d'émotion est alors quelque chose d'inimaginable. Je n'ai jamais rien écouté d'aussi bouleversant. Lorsque j'ai commencé avec Jimmy tout cela m'a semblé naturel.»

«No Quarter» c'est le long morceau sur «Houses of the Holy» qui ici prend une dimension toute neuve. C'est aussi la pièce maîtresse de John-Paul Jones, qu'ils jouaient déjà en 1973. La version de ce soir dure presque une demi-heure. Jones travaille d'abord au synthétiseur puis passe au piano Steinway pour un long solo classique. On regrette ne pouvoir l'entendre aussi bien sur d'autres morceaux car «No Quarter» est une des merveilles de ce concert. Les premiers rayons de laser verts vont se ficher au plafond. La fumée envahit la scène alors que le morceau s'achève avec Jimmy Page dialoguant avec John-Paul Jones sur un Rock'n'Roll endiablé. La voix de Robert travaillée à la chambre d'écho réapparaît sur le thème initial et on applaudit bien fort la performance de Jones.

Ten Years Gone

Rivers always reach the sea Robert Plant Ten Years Gone

«Si jamais vous avez vécu une histoire d'amour en compagnie d'une personne du même sexe ou de celui opposé, que vous considériez cette aventure avec indifférence et que tout d'un coup vous vous rendez compte qu'elle représente beaucoup plus que ce que vous ne pensiez alors cette chanson est pour vous.» On reconnaît l'intro de «Ten Years Gone» où Page joue des progressions d'accords mineurs. Plant devient poétique «As it was/it will be... Rivers always reach the sea...» C'est du Zeppelin romantique mais ne croyez surtout pas que du côté des spectateurs on se tourne les pouces. J'ai du mal à comprendre pourquoi Jones a une guitare acoustique à trois manches. Sur la version originale figurant sur «Physical Graffiti où cette pièce regroupait le son de plus de huit guitares. Sur scène sans overdubs Page fait du grand boulot.

Puis les quatre membres du groupe s'avancent et viennent s'asseoir au-devant de la scène. Plant annonce que Zeppelin est «a whole piece band» et qu'ils n'ont pas fait de set acoustique depuis six-sept ans. «On a pensé qu'il serait bon de jouer des morceaux que les gens ont tendance à oublier». Jimmy Page gratouille une mandoline. «The Baffle of Evermore», Jones qui chante en compagnie de Plant remplace Sandy Denny qui figurait sur leur quatrième album. C'est plutôt faible par rapport à la version originale. Pour la seconde soirée «Bonzo» qui s'était jusqu'alors contenté de taper sur un tambourin décide lui aussi de s'essayer aux vocaux. Robert lui fait des clins d'oeil et annonce que nous venons d'assister à leur imitation Crosby, Stills, Nash et Young et que «c'est la première fois depuis exactement neuf ans que John Henry Bonham chante sur scène».

Pour «Going to California» Plant rappelle le public à l'ordre, «Silence, arrêtez de lancer des pétards à mèche». Le public est entièrement à sa merci. Bonzo est de retour à la batterie et Jones passe à la contrebasse : «Dancing Days». Le meilleur morceau de ce passage acoustique, c'est leur interprétation du vieux «Bron-Y-Aur Stomp» avec Page qui chante et exécute un solo acoustique de toute beauté. L'atmosphère se détend. La foule accompagne en frappant fort dans ses mains. Robert nous sort ses vieux clichés de Blues.

Page reste ensuite seul assis sur un tabouret et éclairé par un spot rougeâtre très puissant. Il attaque alors une improvisation électrique en solo pendant laquelle je crois reconnaître le vieux thème fugitif de «White Summer» datant de l'époque des Yardbirds. Bonzo est venu le rejoindre et nos deux compères jamment un court instant.

Le groupe au complet est de retour sur scène et on entame «Kashmir», les Mille et une nuits du dirigeable anglais. A chaque fois que j'écoute ce morceau je pense à ce qu'auraient pu faire les Stones avec «Satanic Majesties». «Kashmir» c'est l'exotisme d'un Zep sophistiqué. Page barbouille, brillamment appuyé de tous les côtés. La richesse de sa guitare remplace tout un orchestre à cordes. Deux miroirs concaves suspendus au-dessus de la scène reflètent la lumière émise par des spots multicolores dans la salle. Les premières files surexcitées sont obligées de se rasseoir. Le service d'ordre interdit aux spectateurs d'être debout sur leurs fauteuils.

Zep entame «Over The Top» alors que Bonham se lance dans le solo de batterie le plus inutile de l'histoire du Rock. Bonzo sachez bien n'a plus de batterie transparente. II possède maintenant une Ludwig conventionnelle. Sachez aussi que son solo est lamentable, je n'arrive pas à comprendre comment après tant d'années Zeppelin lui permette encore de s'exprimer pendant plus de trente-cinq minutes. En attendant, le bar remplit ses caisses. Les spectateurs se réapprovisionnent en cocas et pop-corps. Bonzo continue à cogner ses peaux avec un manque d'imagination absolument écoeurant. La plateforme sur laquelle est jonché son équipement s'avance alors qu'on nous aveugle à grands coups de fusées blanches, Têtu comme une mule John Henry Bonham continue à marteler ses percussions diverses en utilisant maintenant toutes sortes de gadgets électroniques. Le public n'apprécie guère ce temps mort. Zeppelin nous a habitué à ne pas pouvoir reprendre notre souffle, alors pourquoi trente-cinq minutes ?

Page revient changé, il est passé sous la douche. On conclut logiquement sur «Moby Dick». Jimmy nous fait plaisir et reprend le show en mains en exécutant son propre solo. J'assiste alors au plus extraordinaire des effets visuels. Cette fois Zeppelin dépasse le light show du Blue Oyster Cuit. Page, penché sur sa Les Paul est au centre d'un rayon de laser vert envahi par la fumée. II se réfugie dans cette pyramide de glace sèche, et trois rayons de lumière verts, bleus et rouges viennent chacun leur tour se poser dans un nuage blanchâtre. Jimmy Page, sorcier du Rock'n'Roll. Cet effet purement magique et indescriptible a certainement un grand effet sur la foule. Le musicien de Rock'n'Roll, l'idole, est considéré ici comme une sorte de dieu. Entretemps, uniquement la première soirée, Page a joué l'hymne américain «Star Spangled Banner». Oui je vous vois déjà arriver, «c'est pas lui le premier a avoir tenté le coup. De nos jours on a même plus de respect pour les morts.» Mais, après tout, j'insiste ; l'effet est grandiose et Hendrix dut se retourner plus d'une fois dans sa tombe. Jimmy entame alors quelques passes de «Dazed and Confused» à grands coups d'archet sur sa Les Paul. II utilise aussi un gadget électronique se contrôlant à partir des ondes de la main. Et Zeppelin au complet revient à la charge avec «Achille's Last Stand» peut-être leur meilleure composition à ce jour.

On applique un éclairage de lumière blanche, «Stairway to Heaven», c'est le morceau pour lequel la plupart des spectateurs sont présents. Ils auraient même pu s'en passer car vous vous imaginez qu'à ce point du spectacle les spectateurs sont à la fois blasés et accablés. Aux Etats-Unis «Stairway to Heaven» est l'hymne de Led Zeppelin ce qui n'est pas bien dur à comprendre. Le simple se vend en moyenne à 15000 exemplaires par semaine et ce depuis cinq ans.

Les lumières. se sont rallumées. Zeppelin nous achève. Nous utilisons nos dernières forces pour saluer les vainqueurs et remercier Page bien fort pour son dernier solo. Nos quatre larrons regagnent les coulisses. Les spectateurs se mettent en devoir de mettre le feu à la baraque. Après quelques bonnes minutes Zeppelin remonte sur les planches et Robert nous remercie une dernière fois pour cette formidable soirée.

Assez curieusement c'est «Rock'n'Roll» qui conclut ce concert alors que durant la tournée 1975 ce morceau était en charge d'ouvrir le show. Morceau très représentatif d'ailleurs des qualités Zeppeliniennes. Quelques riffs féroces et Page mène le dernier bal ponctuant sa guitare nerveuse d'accords simples et puissants. Pour ces deux soirées on rallumera les lumières vite afin d'éviter tout autre appel.

Quelques secondes après les dernières notes de «Rock'n'Roll» les membres de Led Zeppelin sont montés dans leur limousine, direction New York. Depuis plusieurs semaines ils jouent aussi bien et aussi longtemps (ce concert dura près de trois heures et quart) tous les soirs. N'est-ce pas là la grande classe de Led Zeppelin ? Les Américains n'arrivent pas à se rendre compte de leur chance.

Immortel zep

Immortel zeppelin Immortel zep

Quelques jours après dans l'avion qui me ramenait sur Paris je feuilletais le dossier presse fourni par Swan Song Records réunissant articles vieux et récents sur Led Zeppelin. Je tombais sur des choses du genre : «Page fait avant tout un produit manufacturé... II n'y a aucun contenu émotionnel et profond dans son approche et cela se répercute trop dans la musique qu'il joue sur scène» (Rock and Folk N° 97) «Le problème de Led Zeppelin est qu'il possède une section rythmique faible...» «Led Zeppelin ou le Grand Funk anglais...»

Pour ma part, il est temps de débarrasser Zeppelin de l'étiquette ridicule de «King of Heavy Metal Rock», car assistant à ce concert dont l'album aux plus de morceaux joués est «Physical Graffiti», je considère Zeppelin comme un groupe capable de produire une musique non seulement spontanée et agressive mais aussi complexe sur différents niveaux.

Des morceaux dans la lignée de «Kashmir» ou «Achille's Last Stand» semblent se tailler la part du lion dans cette tournée 77. Celle de 75, avouons-le, présentait pratiquement le même spectacle qu'en 73. Cette fois il y a du nouveau et nous sommes en devoir de les féliciter.

Pour tout spectateur qui dans la mêlée générale a eu la chance d'arracher un billet, les concerts du dirigeable sont quelque chose d'inoubliable.

Dans cinquante ans ces gens raconteront la même chose que BEST aujourd'hui, à leurs petits enfants. Page et Plant pourraient bien être encore présents en tant que Rockers invincibles. Sans problèmes. Zep possède une classe immortelle.

Reportage : Jean-Gilles Blum.