JOHN PAUL JONES Lunel 2005

JOHN PAUL JONES - Lunel 2005

FESTIVAL DE MANDOLINES DE LUNEL (Hérault)

JOHN PAUL JONES - MIKE MARSHALL - JEFF & JOSH PINKHAM - TRIO MADEIRA BRASIL
29 octobre 2005, Salle Georges Brassens

Langue chantante au Café Amélie sur les bords d'une fontaine intérieure, température aussi douce dans le monaco que sous les réverbères qui illuminent les accords d'amateurs en herbe mandolinienne, Lunel accueille pour la seconde et probablement non-dernière fois son festival musical. Ou comment l'une des clés de voûte de Led Zeppelin se retrouve en compagnie de monstres en la matière de cet instrument bombé. L'an passé, Monsieur John Paul Jones s'était déjà permis d'aligner le premier solo de contrebasse de sa carrière en public dans ce grand village de la petite Camargue, situé entre Nîmes et Montpellier, grâce à la cordiale invitation du protagoniste principal de la soirée, autrement dit Mike Marshall. Virtuose de la mandoline, à ne confondre avec le comédien du même nom (mais volontiers avec les amplis), ce dernier s'aventure aussi bien sur les rythmes jazz ou classique que sur les nombreuses musiques émergentes. Seul ou partageant la scène devant quelques centaines d'autochtones avec ses vieux amis, il offrit à ce modeste public un panel de son talent dans une ambiance plus que décontractée. Un héritage assez flagrant sur Charlie Parker, cette improvisation que seul le jazz peut apporter, et qui avec un don initial dans une partie du cortex, fait surenchérir la technique de plus belle. Me rappelant il y a quelques temps Birelli Lagrène et son Gipsy Project... un mec dont les doigts vont plus vite que les Clapton/Page associés de la grande époque, ce qui m'a calmé vingt secondes et empêcher de faire la gueule pendant tout le concert. Le plus impressionnant concernant Mike Marshall était selon moi sa prestation sophistiquée de Choro en compagnie des Trio Madeira Brasil ! Et ce jusqu'à presque 2h du mat... se faisant la main précédemment avec la famille Pinkham (un fiston d'à peine 16 ans qui s'offre des soli de mandoline comme certains vont brûler des bagnoles) ou avec les enfants du pays qui profitaient des stages du festoche pour jouer un bien beau morceau avec seulement 4h de cours dans les mains... Entre les rendez-vous apéros, la remise de la médaille de la ville à chaque musicien par la municipalité ou le luthier marseillais qui expose dans cette salle G. Brassens : la Convivialité était vraiment le mot qui ressortait du festival ! Tous les musiciens étaient plus qu'accessibles, modestes, voir même timide si l'on parle de celui qui nous intéresse le plus. Et ce n'est sans comparaison avec l'instrument qu'il exhibe ! Une mandoline triple neck maison, différente de celle utilisée lors des tournées Zooma ou Destroyer... aussi issue des mains d'Andy Manson, luthier anglais qui offre également ses services bizarroïdes à Jethro Tull. John Paul Jones est donc là, à quelques mètres de nous, avec le luxe de nous parler dans un français muy español avant de nous déposer ses inspirations du moment. Entre Braveheart et ce qu'on peut appeler le progressif, John Paul enchaîne les accords en les samplant sur ce qui semble être un Mac doué d'un processeur Kyma... le genre de truc qui peut vous transformer un grattement de basse en monologue de Gérard Darmon ou des accords dans les aigus en cris de japonaises lubriques, et que les Pink Floyd se seraient bien appropriés avant l'heure. Déjà utilisé sur Thunderthief, Jones oscille avec ce système entre les huit cordes de chaque manche lui permettant de superposer les accords en temps réel alors qu'il se trouve être l'unique musicien. C'est là peut-être sa force, dans une stabilité déconcertante sur sa vie et ses envies, ses arrangements se retrouvent toujours à la pointe de la technologie des années 60 à maintenant. De plus, tel un Brian Jones, il aurait pu offrir un set multi instrumental ou s'orienter sur son piano comme lorsqu'il jouait seul devant les kids par centaines de milliers à la grande époque Zeppelin. C'est le roi discret, il fait ce qu'il entend, et encore sûrement quelque chose à distance de son prochain opus en cours de préparation. Passant de mélodies assez sympathiques à des choses dont seul David Lynch peut y trouver signification, perlant à grosses gouttes, son set solo initialement prévu à une demi-heure ne fait que se prolonger... ce qui ne semble gêner personne (mise à part quelques mamies se bouchant les oreilles : remember 1969 et le Zep à l'armée du salut ?). D'excellents rappels, dont le retour de Mike Marshall et du jeune Jeff Pinkham qui, se glissant derrière JPJ, accroche chacun un manche pour jouer un morceau "6 mains" dont la basse de Jones n'est pas sans rappeler le riff de Whole Lotta Love. Je devrai avoir quelques vidéos pour les plus intéressés... Bref cette petite soirée dans le sud de la France était des plus sympathiques ! Avec le bluegrass et la mandoline reine, ça ne m'aurait pas surpris d'entendre un mec des Appalaches (ou de la Louisiane avant que les US deviennent un pays du tiers monde) rappeler ses mômes et ses chèvres alors qu'il coupe du bois derrière le lavoir... mais bon, c'était le jeu ! Alors que débute la tournée hexagonale de Robert Plant, l'avenir semble au beau fixe chez les rescapés du Zeppelin... du moins chez deux d'entre eux ;).

Thomas Vindrier @, le 9 novembre 2005, sur les rails entre Roma et Torino...

Ps : en remerciant les quelques personnes qui m'ont envoyé un mail suite à l'annonce sur notre asso lors du dernier comment' sur le live au 104 de Robert Plant. Sachez que la dernière soirée a pu réunir quelques 3700 personnes, plusieurs partenaires et entre 5 et 6000 euros bientôt reversés. Plusieurs gouttes qui j'espère feront de grandes rivières en faveur de ces nombreux enfants indiens. Photos : Lionel Faure et Thomas Vindrier.


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